22 h 00... Bientôt la nuit... Le droit de rêver sans personne pour le contredire... de tout et n'importe quoi... de choses bénignes ou imposantes... loufoques ou réalistes... « Rêver », ce simple mot qui fait rêver. CD déposé. La musique fixe ses notes, sa mélodie, ses mots... Chaque tempo de batterie étouffe la pièce. Un sweat confortable pour s'enjoliver d'un cocoon de coton au-dessus d'un joli shorty dévoilant de longues gambettes à l'habitude cachées. Les lampes se taisent tandis que dehors les lampadaires s'allument. Un simple voile à la fenêtre. Les volets ne s'abaisseront pas ce soir. Les ombres chinoises des affaires en vrac se transforment en art ordonné et apaisant. Un tableau d'impressionnisme, de ton bleu pastel, doux, léger. Tel est l'entrée de ce phénomène semi-lumineux. Puis le bordélisme se montre à nouveau, déguisé ombrage. Tous ces Objets Non-Identifiables car entassés, déformés, floués par le manque de lumière deviennent autres et laissent place à l'imaginaire. Je semble apercevoir une tasse géante en faïence. A son bord, une crevasse s'est aventurée. Fardeau, que l'on ne peut jeter par-dessus bord. Son corps cassé l'attriste à la déprimée. Alors, sa hanse se balance en cadence. A bâbord puis à tribord. Elle danse, danse dense et tente de la panser pour qu'elle pense autrement que sans sens. Lui redonner le goût de la musique, la vue des couleurs,... Toucher son espoir pour que la jouvence de ces débuts réapparaisse. Lorsque les nuances de gaîté en elle s'entremêlaient. Elle y consacre tout son temps. Sa moitié, au trois-quarts doit éclater. Elle lui sourit, rigole, chante, crie, lui parle, danse encore et encore... Mais rien... Elle semble absente... Aucune réaction ne se montre... CRACK... La belle tasse n'est plus qu'un pathétique bol éméché. Oups !! Pas de bol ? Sa hanse s'est détachée ne sachant plus quoi faire. La tasse est seule maintenant. Enfin, devrais-je dire il ? Eclat de sanglot. Il regarde sans compréhension autour de lui. Observe chaque recoin de la pièce comme s'il se réveillait d'un profond et long coma. Il ne sait pas que faire. Pataud. Badaud. Oisif. Tournant les yeux, les restes de la hanse lui apparaissent. Une nouvelle déprime l'envahit, alors. Non ! Il doit remonter la pente, en révérence à la hanse. Nouveau départ. Bien qu'il soit difficile de s'en aller seul vers un tiroir inconnu, il ne peut flancher. Il sourit, enfin esquisse un brin de joie. En pensée à la hanse, simple but : revivre. Avancer d'un bond puis d'un second. Le bol s'en va. Il transporte comme cicatrices, une fente au bord de ces contours et deux creux à son profil, tristes vestiges d'une hanse. Que devient cette dernière ? Nul ne le sait. Peut-être est-elle partie transformée un autre bol en tasse, un saladier en casserole, une boîte en valise. Silencieuse, elle s'empare de l'objet en l'immobilisant. Son cadeau de bienvenue, une légère cicatrice signe de sévères répercussions. Sentiments, joies, sens s'évaporent avec le temps qui passe. Elle s'amuse avec l'objet en question un instant et essaie de lui imposer son euphorie. Puis, quand la lassitude la guette, elle court loin de lui. Deux points de côté en guise d'au revoir.
Le petit déjeuner s'est envolé avec ses histoires à dormir debout.
Mais déjà d'autres silhouettes se bousculent... Ici, trois Hommes marchent dans une rue que je ne saurais décrire cause de lampadaire à lampes trop usées. Derrière un immeuble, se distingue une mer calme. Il y a deux femmes et accoudée à une, un homme. On ne distingue pas leurs visages...A cette scène, tout est floué, noirci mais rien n'est encore ombre. Ils ont l'air heureux... leurs fossettes pincées, les dents à découvert, la tête se mouvant à dextre et à senestre, les cheveux en bataille à force de sursaut de joie, nul volonté de la cacher... Et pourquoi donc déguisé l'optimisme, la jubilation de la vie ? Je ne sais pas mais tout parait si triste autour deux. Il n'y pas d'autres preuves d'existence que la leurs. Ni de clochards, marins, personnes égarées, troubadours. Ni même d'oiseaux, de souris, de petits rats, et encore moins fleurs ou arbres embitumés...Il semble propriétaires du chemin. Malgré la nostalgie qui prend à la gorge par le fond du tableau trop calme, vide et que l'on ne comprend pas, le sourire se pointe aussi à nos lèvres. Ils sont contagieux d'allégresse. On aimerait bien être ancrée dans la scène mais comment les aborder et que leurs dire ? Que leurs insouciances, détachements, indifférences, nous envient. Pas de questions posées, juste celle de marcher droit sans se prendre le poteau dans face. Quoi que non, même celle là est effacée. Une des filles s'est cogné contre une voiture et ils rigolent de plus belle... je tends l'oreille pour essayer d'écouter leurs conversations mais ils n'ont pas l'air de se parler, car seul le rire se fait entendre. Il est étrange d'ailleurs, comme étouffé presque asphyxié... ils agitent leurs mains dans tout les sens et s'expriment sans gènes, sans retenues... Peut-être sont-ils sourds ? Ou pas, quelle importance... leur vie, elle ne l'est pas en tout cas...Et sur cette note de nostalgie, mes rideaux tombent lourds de sommeils...
sur ce : Bonne nuit ^^